La maison du patrimoine de Locarn (22) a accepté de partager avec nos lecteurs une partie de ses recherches sur l’histoire et la vie des ardoisières en Bretagne.

Ce dernier article est signé par Léna Gourmelen, également auteure de L’ardoise en Bretagne. (Éditions Coop Breizh – décembre 2008).

Le schiste, matériau de construction

Quand le clivage n’est pas possible, la roche peut toutefois être utilisée pour la construction. Elle l’est d’ailleurs depuis le néolithique, comme en témoigne l’allée couverte de la Roche-aux-Fées (35) constituée de 41 éléments en schiste rouge sombre caractéristique de la région rennaise.

L’emploi de palis en schiste ou orthostates pour l’habitat existe au XIXème siècle autour de Corlay, Gouarec et Plounévez-Quintin : des plaques de schiste ne dépassant pas quelques centimètres d’épaisseur sont utilisées pour la totalité des élévations.

La plus connue de ces « loges » est la loge Michel de Laniscat, restaurée par l’association Tiez Breiz. L’essentiel de la construction est constitué de palis en schiste. Il s’agit de pierres plates placées debout, grossièrement ajustées les unes aux autres et enduites d’un mortier de chaux. Les dimensions au sol sont très petites : 5,20 m x 4,70 m. Ces dalles de schiste n’ont pas seulement servi pour monter les murs de loges, elles étaient aussi utilisées pour le dallage des sols des maisons comme des églises.

Ces habitations en palis sont originales, mais le schiste sert aussi à monter des murs en moellons. Ils sont le plus souvent montés en pierres plates, pas trop longues ; les interstices sont comblés à l’aide de petites pierres et sans joints.

Le schiste est donc très présent dans l’architecture rurale : étables, hangars, soues à cochons. Pour ces dernières, comme pour les puits ou les fours, on observe des couvertures uniquement composées de dalles sans qu’une charpente soit nécessaire pour les soutenir.

Le schiste sert encore comme auvent pour les entrées de maisons, pour la mise en place de ponts sommaires facilitant le passage des ruisseaux, ou dans la construction d’édifices liés à l’industrie textile: bassins et buanderies destinés au traitement du lin par exemple.

Dans les régions d’exploitation de l’ardoise, il n’est pas rare d’apercevoir au bord des routes ou près d’un bourg de petites maisons aux murs presque noirs : il s’agit de maisons de carriers construites en utilisant les déchets des ardoisières. Les carriers construisent de modestes habitations, montent des murs autour de leur jardin, maçonnent l’entourage de leur puits, sculptent des cadrans solaires…

To pa ri ti. Pa ri ti to : Quand tu feras une maison, mets-y un toit !

Une fois les murs montés, il faut couvrir. Sur les chevrons installés par le charpentier, le couvreur pointe des voliges ou des liteaux sur lesquels il fixe les ardoises. Dans les monts d’Arrée, on observe régulièrement la pose à pureau décroissant car l’ardoise de pays se débitait en dalles épaisses.

La solide charpente doit alors supporter une couverture de presque 8 tonnes pour 100 m2. Les ardoises pouvaient aussi être fixées à l’aide de chevilles de bois.

 

Ce système, utilisé jusqu’à la fin du XVIII ème siècle, est progressivement remplacé par la fixation à l’aide de clous au cours du XIXème siècle. Le couvreur utilisait de préférence des clous de cuivre, plus chers, mais insensibles à la corrosion.

Le bois le plus utilisé pour les charpentes était le châtaignier, réputé pour son imputrescibilité et la facilité avec laquelle on peut le fendre. Une des premières tâches du couvreur est de trier ses ardoises et de repérer l’endroit où il pourra percer le trou nécessaire à leur fixation.

Autrefois, la pose de la première ardoise pouvait donner lieu à un « baptême ». Le propriétaire montait sur le toit l’asperger d’un peu d’eau-de-vie et laissait la bouteille au couvreur. Cette première ardoise était souvent gravée sur sa face inférieure d’une croix, de la date, des noms du propriétaire et des ouvriers.

Crédit photo : La Maison du Patrimoine – Locarn
www.patrimoine-locarn.org