PORT-LOUIS | 56

De l’origine espagnole

En 1590, les troupes espagnoles de Don Juan del Aguila rejoignent le Gouverneur de Bretagne en révolte contre Henri IV. Dix mille hommes arrivent à Blavet, ancien nom de Port Louis. Les mercenaires bâtissent alors le Fort de l’Aigle. sur un escarpement rocheux, le long du chenal d’accès à la rade.

Partiellement démoli par la suite, sa reconstruction est ordonnée par Louis XIII au début du XVIIème. Les qualités défensives du lieu en font un symbole royal. Le fort, ajouté de nouveaux bastions, devient la citadelle actuelle. Jusqu’à la fin de la 2nde Guerre Mondiale, la forteresse sert à la défense de la rade, puis est affectée à la surveillance du trafic maritime. Les derniers militaires quittent les lieux en 2007.

La poudrière

Cerné de hauts murs, cet édifice possède une voûte en berceau de pierre. Destiné à recevoir la poudre des batteries de la citadelle et des vaisseaux, il a été conçu pour limiter les risques d’explosion. Les soldats devaient d’ailleurs se déchausser pour pénétrer à l’intérieur afin que les fers de leurs souliers ne provoquent pas d’étincelles.

Restauration

Marie-Suzanne De Ponthaud, Architecte en Chef des Monuments historiques, dirige la restauration de la citadelle. S’agissant de la couverture de la poudrière, elle explique son travail de recherche :

« Le bâtiment porte une voûte en berceau en pierre. Lors de nos sondages de charpente, il est apparu que les corniches étaient irrégulières, pour ne pas dire bombées. Cela peut paraître étonnant vu le type de construction où rien n’est laissé au hasard. Pour la restauration, cela empêche la pose de sablières qui auraient permis d’écarter le bas du rampant.

De fait, le choix d’une ardoise épaisse posée à pureau décroissant, harmonisée en 8 hauteurs, s’est imposé. À cela, s’ajoute un premier rang de 60 cm afin d’assurer une parfaite étanchéité à l’égoût. Monsieur Masson, Conservateur des Monuments historiques, a bien entendu soutenu ce choix. Cette découverte peut aussi suggérer une autre idée : les têtes de corniches servaient tout simplement pour retenir la terre, dans le cas d’une voûte recouverte de végétation. C’est un cas que l’on observe notamment à Belle-Île, dans un bâtiment de l’enceinte Vauban.

Cela permet d’absorber l’humidité afin de préserver les munitions et de bien camoufler un bâtiment de défense aussi stratégique! L’hypothèse est probable bien que, sur les représentations de la citadelle de la fin du XVIIIème, l’ardoise est déjà présente sur le site ».

Marie-Suzanne De Ponthaud

Architecte en Chef des Monuments historiques