Philippe Agator, il se fait appeler Lips, fabrique des guitares en ardoise.

À 17 ans, alors que ses premiers accords sonnent sur une guitare d’occas’ achetée en cachette, il découvre le hard rock. C’est la révélation et les fourmillements qui lui parcourent les doigts à cet instant ne l’ont jamais plus quitté. Cette musique pratiquée jusqu’à l’épuisement l’amène à découvrir d’autres styles et l’oblige à faire le tour du répertoire : jazz, classique, folk, blues…

Dans le même temps, il règle, bricole et customise toutes les guitares qui lui tombent sous la main. Grâce à cela, il fait son oreille et explore les limites des possibles. Pour une édition des 24h du Mans, il met au point une guitare lance-flammes ! D’un pali d’ardoise et d’une pièce de bois qui traînent dans le jardin, il sculpte et assemble une guitare. Le résultat est moyen et part prendre la poussière dans un comble.

Arrivé à la quarantaine, il raccroche son bleu de tourneur-ajusteurfraiseur et se consacre entièrement à sa passion en tant que luthier. D’une famille de musicien, autodidacte et mélomane, il possède toutes les cordes pour arriver à son but. Sa formation, c’est son expérience ajoutée à une bonne dose de pugnacité et à une grande capacité au travail de précision.

Pour se distinguer, faire ses preuves et proposer le « truc en plus », il ressort du grenier la guitare en ardoise et met au point un instrument digne de ce nom. Et ça marche ! Mieux, le schiste donne une résonance toute particulière au pincement des cordes. La guitare en ardoise tient la note plus longtemps qu’un instrument classique et donne à la musique une chaleur supplémentaire par rapport à une table d’harmonie en bois. Sept guitares de ce type sont déjà sorties de son atelier…

TECHNIQUE

D’une plaque d’ardoise de moins d’un centimètre d’épaisseur, Lips découpe ce qui va former la table d’harmonie de la guitare. Puis il élime l’envers de cette pièce jusqu’à réduire l’épaisseur à 2 mm. Les contours met quelques lignes transversales sont laissés à l’épaisseur initiale afin de conserver une certaine rigidité et assurer la solidité de l’instrument.

Cette table est ensuite collée aux éclisses et au fond de l’instrument, sculptés dans le bois. Reste à donner forme aux ouïes et aux décors puis à ajouter le chevalet, les micros, le manche et les boutons de réglage. Trois à six mois de travail sont nécessaires selon les modèles.